ou les doigts d’une même main !
Le livre de Jean Ziegler, Les nouveaux maîtres du monde et ceux qui leur résistent, suscite cette pertinente remarque dans une critique [1].
Aujourd’hui, un nombre sans cesse croissant de personnes s’insurgent avec vigueur contre l’injustice et la misère, pour former une « nouvelle société civile planétaire ». Nous pensons qu’un jour, ce grand mouvement alternatif rejoindra le grand mouvement solidaire de tous les mouvements spirituels dans une même aspiration pour un monde plus fraternel et plus juste.

En effet, comment ne pas remarquer l’actuelle émergence d’une véritable prise de responsabilité planétaire. Témoin, l’intérêt porté à l’ultimatum climatique 2009 de Copenhague par exemple. Cependant, le meilleur comme le pire nous étant régurgité par un média captif, on ne peut reprocher aux écrits de Jean Ziegler de nous laisser sur notre faim.
S’enrichir…ou mourir de faim ! Un problème vieux comme le monde
Quelques idées farfelues mises à part, à quelles sources s’abreuvent les technocrates qui
« gèrent » aujourd’hui l’économie mondiale ? En voici quelques-unes dans l’ordre.
1) le protectionnisme
Appelé aussi interventionnisme, ce terme désigne les mesures prises par un Etat pour protéger son économie contre la concurrence d’autres États. Cela consiste principalement à freiner les importations au moyen de barrières douanières. Cette pratique date du Moyen Age, où elle limitait le commerce entre les villes. Le protectionnisme s'oppose au libre-échange.
2) le mercantilisme
L’Eglise chrétienne considérait immoral que « ce que l’un gagne, le soit aux dépens d’un autre ». De ce fait, elle condamnait l'accumulation des richesses et le prêt. La Renaissance, en restaurant les valeurs de la Grèce ancienne, va remettre en vogue les idées d’Aristote sur l’argent. Si celui-ci condamne l’usure, il ne s’oppose cependant pas à "une économie propre à organiser et maintenir l'état d'amitié entre les citoyens".
Diversement interprétée cette notion rétablira d’abord le mercantilisme. Un système favorisant le rendement des produits manufacturés, par opposition aux produits bruts.
A la Renaissance, cette dynamique permit la montée en puissance d'États-nations tels que Florence et Venise face au pouvoir de l'Église. Dans un tel système l'État joue un rôle primordial, établissant des barrières tarifaires et encourageant les exportations.
3) le « laisser faire »
Au XVIIIème siècle, après une longue période protectionniste et interventionniste, apparaît un nouveau courant de pensée économique : le laisser faire. Cela consiste à favoriser la création de nouvelles entreprises en supprimant les privilèges des détenteurs de monopoles.
Loin d’abandonner toute norme, le laisser faire s’attache au respect de la propriété légitime.
A savoir, la protection des possessions légitimement acquises. Le laisser faire rejette aussi bien le vol pur et simple que les prétentions de l’Etat à s’emparer de biens qu’il n’aurait pas lui-même produits. On peut avancer qu’il s’agit de la tendance morale naturelle de la plupart des gens, lorsqu’ils ne se préoccupent pas de politique.
4) le libéralisme
Apparu de même au XVIIIème siècle, le libéralisme s’oppose au principe de la monarchie de droit divin. Il affirme les principes de liberté et de responsabilité individuelles sur le pouvoir du souverain.
Ce courant part du principe que chaque être humain possède des droits fondamentaux et inaliénables. Il propose de limiter les obligations sociales imposées par l’Etat en faveur du libre choix de chaque individu. Fondamentalement, il n’y a pas grande différence entre la forme originale du libéralisme et le laisser faire.
Note importante : une confusion regrettable entoure aujourd’hui la notion de libéralisme. Elle résulte d’une adaptation locale faite aux Etats-Unis de ce qu’on entendait en Europe par la social-démocratie. Celle-ci désignant un mouvement socialiste international, fondé en 1889 par des marxistes. Quoi qu’il en soit, aux États-Unis, le terme « liberalism » signifie aujourd’hui l’exact contraire de ce qu’il veut dire chez nous.
5) le capitalisme
Ce mot vient du latin "caput" (la tête) au sens de la possession d'animaux (le cheptel). Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’il prend un sens économique. Fondamentalement, il s’agit d’un système dans lequel les moyens de production n'appartiennent pas à ceux qui les utilisent.
Le capitalisme se fonde sur :
- l'entreprise privée (ou étatique),
- le libre-échange,
- la recherche d’un profit considéré comme une contrepartie à la prise d'un risque,
- l'accumulation d’un capital.
Le sujet s’entoure de confusion en raison de la critique qu’en a faite Karl Marx.
Celui-ci voyait dans le capitalisme un système politique, économique et social fondé sur l'exploitation des travailleurs par les détenteurs des moyens de production et de distribution.
Ce mot a donc maintenant un sens péjoratif. La confusion s’accentue encore du fait que ses défenseurs lui substituent le terme de libre-entreprise ou de libéralisme.
La faiblesse du capitalisme moderne est que, dans les grandes entreprises, les profits se partagent entre une multitude de propriétaires : les actionnaires. La puissance ainsi accumulée peut dès lors influencer les décisions politiques.
6) le socialisme
Du latin : "socialis", sociable, pour la société. A l’inverse du libéralisme, le socialisme vise la réforme du système de la propriété privée. Il tend à faire passer les moyens de production et d'échange dans les mains de la collectivité.
Ses valeurs fondamentales comportent :
- l’abolition du concept de l’origine des classes,
- l'égalité des chances,
- la justice sociale,
- le partage des ressources,
- la solidarité,
- la lutte contre l'individualisme,
- l'intérêt général prévalant sur les intérêts particuliers.
7) le communisme
Dans la théorie politique marxiste, le socialisme n’est qu’une période de transition entre l'abolition du capitalisme et l'avènement du communisme. Celui-ci établi, les biens appartenant alors à tous, l’Etat va simplement … disparaître !
Une nouvelle race de technocrates que les anciens Grecs n’avaient pas envisagée !
Ces quelques fondements posés, il est remarquable que tous faisaient déjà l’objet de spéculations de la part des philosophes de la Grèce ancienne.
Pour mieux comprendre le phénomène de la mondialisation, voyons encore quelques innovations économiques. Elles sont le résultat direct de la révolution industrielle et des fulgurantes avancées techniques réalisées au XXème siècle.
D’immenses fortunes réalisées à la fin du XIXème siècle, notamment en Angleterre et aux USA, chamboulèrent complètement les notions de l’économie et du pouvoir. Cependant, ces problèmes ne sont pas tant dus à la modernisation des moyens de production qu’à la rapacité d’une nouvelle race de banquiers.
Détenant le contrôle des liquidités, ils jouèrent sur l’enthousiasme des investisseurs autour de certains produits demandés. Ainsi furent créées ce qu’on appelle des bulles spéculatives. Telle une bulle de savon qui se gonfle, ces engouements ont pour effet de hausser la valeur (on dit le cours) de certains produits.
En fait la valeur réelle du produit ne change pas. Seul le montant de papier-monnaie qui le représente augmente. Si les liquidités viennent à manquer ou deviennent plus rares, la valeur du produit en question chute et… la bulle crève !
Ainsi se succédèrent des périodes d’abondance suivies par des crises désastreuses. Les règles du jeu de l’économie, jusqu’alors assez simples, commencèrent alors à s’entourer d’une complexité factice. Au lieu d’attribuer les causes du mal aux manipulateurs de la planche à billets, les critiques s’en prirent toutefois à la politique de laisser faire qui prévalait alors aux Etats-Unis.
Le système Keynesien
Né en Angleterre, John Maynard Keynes (1883-1946) fait ses études à l’université de Cambridge au Royaume-Uni. Economiste de notoriété mondiale, il est le fondateur de la macroéconomie moderne (l’économie au sens le plus vaste. De macro, très grand).

Jusqu’alors, l’autorité en la matière était l’économiste français Jean-Baptiste Say
(1767-1832) auteur de la célèbre loi de Say selon laquelle : l'offre crée sa propre demande.

En réalité, ce qu’il voulait dire c’est que l’économie n’est rien d’autre qu’une série de trocs, que l’argent permet de réaliser plus facilement. Keynes affirme au contraire que la création monétaire a un effet stimulant sur la production. En gros, son système propose de sortir des crises en décourageant l’épargne, en favorisant les prêts et en faisant circuler l’argent au maximum.
Dans quelle mesure les différents systèmes évoqués dans cet article expliquent le désarroi actuel de l’économie, et où cela nous mène-t-il ?
Selon Jean Ziegler : … en ce début de millénaire, les oligarchies capitalistes transcontinentales règnent sur l'univers. […] Leur pratique quotidienne et leurs discours de légitimation sont radicalement contraires aux intérêts de l'immense majorité des habitants de la Terre.
En réalité, pour des hommes qui se sont enrichis au-delà de tout ce qu’on peut imaginer, les idéologies politiques ne sont que des jeux risibles. En revanche, elles leur permettent d’avancer leurs pions vers davantage de puissance. Un peu comme un avocat se sert de lois parfois désuètes pour faire triompher son client.
Les systèmes économiques et politiques énumérés plus haut ne sont que des outils dont, en temps opportun, se servent les promoteurs d’un gouvernement mondial. En général ils siègent dans des institutions telles que le Fonds Monétaire International, ou la Banque Mondiale qui, en réalité n’appartiennent qu’à quelques privés fort discrets.
Ainsi s' explique l’indignation de certains partis de gauche, lesquels tenant le haut du pavé à une certaine époque, se voient aujourd’hui (changement de tactique oblige)
« inexplicablement » lâchés par leurs richissimes sponsors.
Le Consensus de Washington
Toujours selon Jean Ziegler : Les maîtres règnent sur l'univers autant par leurs énoncés idéologiques que par la contrainte économique ou la domination militaire qu'ils exercent. La figure idéologique qui guide leur pratique porte un nom anodin : « Consensus de Washington».
Il s'agit d'un ensemble d'accords informels […] conclus tout au long des années quatre-vingts et quatre-vingt-dix entre les principales sociétés transcontinentales, banques de Wall Street, American Federal Reserve Bank et organismes financiers internationaux (Banque Mondiale, Fonds Monétaire International, etc.). […]
Ses principes fondateurs […] visent à obtenir, le plus rapidement possible, la liquidation de toute instance régulatrice, étatique ou non, la libéralisation la plus totale et la plus rapide possible de tous les marchés (des biens, des capitaux, des services, des brevets, etc.) et l'instauration à terme d'une stateless global governance, d'un marché mondial unifié et totalement autorégulé. Le Consensus de Washington vise à la privatisation du monde.
Conclusion
Si les observations de Jean Ziegler sont correctes, O combien il est exaspérant que les véritables causes du problème ne soient jamais dénoncées.
D’une part elles sont si simples que personne n’y croirait, et à plus forte raison nos compliqués technocrates. Et d’autre part, tant que le média restera servilement à la botte de la haute finance, le soubresaut vers une chance de salut pour notre planète, mentionné au début de cet article, aura peine à voir le jour !
GdG
[1] En l’occurrence sur le site du CICNS Centre d’information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités:
http://www.sectes-infos.net/Les_nouveaux_maitres_du_monde.htm
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