Le Nouvel ordre mondial à l’assaut de l’Islam*, un article exhaustif de Pierre Hillard, historien et docteur en sciences politiques , apporte un éclairage singulier aux récents soulèvements en Afrique du Nord.
En voici une courte analyse : A première vue, ces manifestations ne peuvent que réjouir les nations occidentales. Qui de bonne foi pourrait s’élever contre la démocratie, des élections libres, les droits de l’homme et les autres avantages de la société civile*** Cependant, rappelle l’auteur, cet épanouissement doit être vu sous un angle politique. Et comme nous le montre l’histoire, les grands événements proviennent toujours des actions d’une « élite ».
Maintes fois évoqué dans les articles du présent blogue, le partage du globe en plusieurs blocs qu’il suffirait de réunir sous une gouvernance mondiale, est maintenant bien en route. Ainsi, selon Pierre Hillard : il s’agit de favoriser partout des blocs continentaux européens, africains, nord américains ou sud américains politiquement unifiés et régis par des lois communes.
L’ensemble de ces blocs doit constituer l’architecture générale d’une gouvernance mondiale réunissant une population indifférenciée et nomade. En 1995, afin d’intégrer le Moyen Orient dans le projet, l’Union européenne lance le processus de Barcelone. Pour rappel, son objectif était : 1) la définition d’un espace commun de paix et de stabilité, 2) l’instauration progressive d’une zone de libre échange et 3) le rapprochement entre les peuples. En 2003, devant la médiocrité des résultats, on passe à la vitesse supérieure avec la Politique européenne de voisinage (PEV). Il s’agit cette fois d’imposer le modèle euro-atlantiste aux pays du pourtour sud de la Méditerranée : économie de marché, respect des droits de l’homme, et Etat de droit. A peu de choses près, une sorte de fantôme de l’Empire romain, le génie et l’esthétique en moins !
Une tuile: la religion islamique !
Cependant, constate l’auteur, un tel édifice requiert une pensée et des réflexes psychologiques communs. Le tout renforcé par un esprit consumériste et un hédonisme (goût des plaisirs) effrénés. Un objectif qui, s’il est une réalité en Occident, ne peut que rencontrer de sérieux obstacles au Moyen Orient. Pourquoi ? Comme l’observe Pierre Hillard, les pays issus de ce qui reste de la civilisation chrétienne font une distinction entre les mondes matériel et spirituel. Ce qui n’est pas le cas de l’Islam chez qui ces deux choses fusionnent. De plus, cette religion est en même temps une foi et une loi ! C’est pour cette raison que la société civile n’a jamais pu prendre pied en terre musulmane.
Vers un Vatican II de l’islam
L’article cite entre autres un article intitulé Frontières de sang, de Ralph Peters, paru dans une revue militaire américaine. Selon lui, la cause principale de la large stagnation du monde musulman serait due au contrôle des lieux saints de l’islam par l’un des régimes les plus bigots et oppressifs du monde. Ce qui a permis à la famille régnante d’Arabie Saoudite de projeter son intolérance en dehors de ses frontières. Pour en finir, la tactique adoptée est celle du diviser pour mieux régner. L’article montre le plan d’une nouvelle carte d’un Proche Orient aux frontières bouleversées selon des critères ethniques et religieux.
L’idée étant de « balkaniser » le monde musulman en y créant des mini Etats pétroliers plus facilement contrôlables. Cependant, cette intégration de l’Islam aux principes du Nouvel ordre mondial n’est possible qu’en modifiant radicalement ses références religieuses. Les géniteurs de la nouvelle gouvernance cherchent donc à mettre en place un « Etat sacré de l’islam » ainsi qu’un « Conseil représentatif tournant » (alternant) qui puisse modifier la religion de l’intérieur. Dans celui-ci, l’avenir de la foi serait débattu au lieu d’être fixé arbitrairement. En quelque sorte, il s’agit d’instaurer une sorte de « Vatican II » de l’islam. Tout comme il fut nécessaire de favoriser le remaniement de l’Eglise catholique pour la rendre conforme aux exigences de la « nouvelle foi mondialiste ».
Un objectif réalisé par Jean XXIII qui, dans son encyclique Pacem in terris de 1963, appelait de ses vœux un pouvoir supra national ou mondial. Ce thème fut ensuite repris par Benoît XVI qui encourage l’humanité à l’édification d’un Nouvel ordre mondial dans son message de Noël en 2005. Pourquoi de tels changements maintenant ? Face à la montée en puissance du monde asiatique (et surtout chinois), il s’agit pour Londres et Washington de s’assurer le contrôle complet des hydrocarbures produits par les pays sud méditerranéens et ceux du Proche Orient de sorte qu’ils échappent au gouvernement de Pékin.
Pierre Hillard relève qu’en priorité il s’agit d’intégrer Israël à l’architecture politique, économique et militaire euro atlantique. L’Etat hébreu doit donc constituer un pilier du judaïsme avec les deux autres piliers que sont les judaïsmes européens et américains. Du chaos résultant de la déstructuration d’une zone géographique allant du Maroc à l’Afghanistan, devrait émerger « un islam des lumières » qui puisse s’intégrer aux dogmes du gouvernement mondial.
Conclusion
Les « élites » occultes qui s’imaginent refaire le monde opèrent en réalité sur des vecteurs totalement inversés. Pratiquement au bout du rouleau, ils n’ont toujours pas compris que les gens aspirent aujourd’hui à une liberté qui n’est pas uniquement matérielle. En citant les fameux vers de « L’apprenti sorcier » de Goethe, Pierre Hillard remet les choses dans leur véritable contexte : Les esprits que j’ai réveillés ne veulent plus m’écouter. Et c’est tant mieux ! GdG
*Formule attribuée à Talleyrand selon Pierre Hilard. ** Article publié le 21 mars 2011 dans Horizons et débats ***Société civile: ensemble des rapports inter-individuels , des structures familiales, sociales , économiques, culturelles, religieuses, existant dans une société en dehors du cadre et de l'intervention de l'Etat.
lundi 28 mars 2011
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